Portrait de spectateur #1 : Bernard

Quand j’ai demandé à Marc, le responsable de l’accueil du public de la Maison de la Poésie, par où commencer cette série de portraits de spectateurs, le nom de Bernard H. est arrivé très vite : c’est l’un de nos spectateurs les plus fidèles. C’est sans doute également l’un des plus sympathiques et disponibles : un coup de téléphone et nous convenions de nous retrouver trois jours plus tard autour d’un café.

Eclectisme

Ce qui frappe en premier lieu chez Bernard c’est sa curiosité. Il le dit lui-même : « Paris, soit on la subit soit en en abuse » ; lui a décidé d’en profiter.

Cet autodidacte satisfait une curiosité débordante en fréquentant assidument théâtres, musées et librairies. Il le dit lui-même : « depuis que j’ai découvert la littérature, je ne la quitte plus ». Venir à la Maison de la Poésie c’est d’ailleurs, pour lui, une façon de témoigner aux auteurs de sa gratitude, de les remercier : ils lui ont donné «  l’oxygène pour tenir debout dans le monde chaotique dans lequel nous vivons, de sortir d’un ennui cosmique. »

Les auteurs, il en aime un grand nombre, de tous genres et de toutes nationalités. Naviguer entre Raymond Carver, François Maspero, Don De Lillo, Jacques Abeille, Luis Sepúlveda et Ta-Nehisi Coates ne le dérange pas le moins du monde : il aime tisser sa toile, rebondir de livres en livres en poussant de plus en plus loin son aventure littéraire.

Mémoire de spectateur

 Lorsque nous évoquons ensemble les soirées qui l’ont le plus marqué à la Maison de la Poésie, il ne sait pas vraiment laquelle choisir. Bien sûr, certaines soirées l’ont déçu : il se souvient d’une soirée de 2h, une surenchère d’érudition qui tendait vers le pensum. Lui, la littérature hermétique, ça « l’emmerde ».

Mais ça, c’est très rare : « 90% du temps cela fonctionne et c’est super.  J’ai vu, par exemple, François Cheng, un vieil académicien de 80 ans plein de fraîcheur, dialoguer avec le pâtissier Pierre Hermé autour d’une ode au macaron. C’était brillant et surtout très drôle ». Parmi les soirées qu’il garde précisément en mémoire, il retient également les Causeries de David Whal et ses « moments magiques » et Alain Rey qui nous fait partager son enthousiasme autour d’un hymne joyeux sur la douce ivresse à travers les âges ou encore la soirée consacrée à Breyten Breytenbach, « cet humaniste militant qui a, en plus, un grand talent d’auteur ».

Amitié et prosélytisme

Bernard habite le quartier où il a de nombreux amis. Il aime leur faire découvrir le lieu : « je les mets au défi : ce serait quand même fou que, parmi tous les rendez-vous proposés, ils ne trouvent pas quelque chose qui leur plaît ! ».

Il a invité son ami, un ostréiculteur de Saint-Malo, à voir le concert littéraire de Virginie Despentes avec le groupe Zerö : « il était ravi, il s’est retrouvé assis à côté de Philippe Djian qu’il aime beaucoup ! ».

Il tient aussi à faire la promotion des librairies indépendantes : « pourquoi faire ses courses sur Amazon        alors que c’est le même prix dans les petites librairies ?». Il revient d’ailleurs de chez Colette, une vraie institution dans le 3ème arrondissement, et n’a pas résisté à la tentation de s’offrir le second tome de Vernon Subutex de Virginie Despentes ainsi qu’un livre de Lobo Antunes : l’un de ses auteurs favoris.

Mémoire de Parisien

Parler avec Bernard c’est aussi découvrir un petit morceau d’histoire parisienne. Lui qui fréquentait déjà la Maison de la Poésie du temps où elle s’appelait « théâtre Molière », a beaucoup emprunté le passage Molière. Il se souvient par exemple de Arthur Higelin, très jeune, avec sa mère lorsqu’ils rendaient visite à Paco Ibanez qui habitait le passage. « Il y avait aussi une dame de 90 ans, je suis copain avec son fils. Elle est kabyle et elle préparait des soupes et des couscous pour les distribuer aux clodos et aux prostituées. » En effet, la rue Quincampoix et la rue Saint-Martin sont parmi les plus vieilles de Paris et ce fut longtemps un quartier très populaire. Aujourd’hui, le passage est en travaux et Bernard craint que ce ne soit l’occasion de fermer les logements sociaux qu’il abritait pour en faire un quartier gentrifié : « C’est une page qui se tourne et ça m’emmerde. Je crains qu’ils boboïsent avec des boutiques de luxe tape à l’œil, comme pour la rue des archives. »

On terminera sur un conseil de lecture : David Foster Wallace dont il a lu une grande partie de l’œuvre. « la rencontre à la Maison de la Poésie m’a beaucoup ému car l’auteur s’est suicidé et cela me fait beaucoup de peine, voilà quelqu’un à découvrir ».

 

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